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Pierre Charras

 

 

Rencontre mercredi 13 octobre 2004
avec les  lycéens à la Maison de l'Europe

 

Pierre Charras

 

Né en 1945 à Saint-Étienne

 

Écrivain, comédien et traducteur

 

Prix des Deux Magots

pour Monsieur Henri

Pierre Charras, photographie : J. Sassier/Gallimard.

 

Prix littéraire 2004-2005

16 mars 2005

  Rencontre avec Pierre Charras

Soirée littérature et vin

 

autour de la collection Écrivins en présence de Philippe Claudel et Daniel Arsand

 

Toutes les infos : ici

 

 

Pierre Charras : faux dilettante, vrai bosseur

Auteur en compétition pour le prix littéraire des lycéens, Pierre Charras aime parler de l'odeur des livres neufs, du bonheur des ratures, de la lenteur et des efforts exigés par l'écriture...

 

.... "comme beaucoup de gens, je n'aime pas travailler, mais j'aime bien avoir travaillé, confie-t-il. C'est presque esthétique. J'aime bien que se soit en chantier". Et pour mesurer le volume de son labeur, il accumule les cahiers d'écoliers, "ceux avec la marge rouge" et dénichés en brocante. 

Sa relation à l'écrit est physique, charnelle. De la lecture, il dit que c'est un "muscle" et qu'il faut sans cesse entraîner. Quitte à lire n'importe quoi. "Je suis écrivain parce que j'ai d'abord été lecteur. Jeune, je lisais les romans de gare les plus bêtes du monde. J'y ai découvert le plaisir de lire". 

D'ailleurs, si jamais il gagnait au loto - "impossible je ne joue pas" -, on ne le verrait plus : il lirait. Un rêve de dilettantisme dans lequel il s'est enfoncé à une époque où il avait de l'argent et pas de métier. 

 

"Tous mes livres parlent du trop tard"

 

L'écriture lui a donné "une posture" et il en parle avec la fierté d'un artisans. Il fronce les sourcils à l'expression du "premier jet". "Écrire un roman, c'est beaucoup de boulot", martèle t'il devant les lycéens compiègnois. "J'aime voir la langue française comme un outil, les livres comme des objets". Faire des cuirs, passer le rabot, lire et relire. Il ne supporte pas les écrivains "trop paresseux pour aller chercher au fond d'eux", ceux qui ont un succès facile avec un roman médiocre. "Je ne comprends pas que l'on bâcle, on peut passer dix ans sur un roman". 

Dix-neuf secondes, roman qui est en lice pour le prix littéraire de Compiègne, lui a demandé trois ans, quand il lui en faut deux en temps ordinaire. "C'était compliqué pour moi", reconnaît-il, sur un ton de sincérité désarmante. "Je suis lent". Une demi-douzaine de personnages, une construction en miroir, une étude microscopique des figures.... et leur vie est en suspense pendant 19 secondes, ce laps de temps entre le signal sonore indiquant la fermeture des portes des wagons et l'entrée de la rame du métro dans le tunnel... 

"Je suis d'une tradition d'ouvriers, d'une famille d'ébénistes", plastronne-t-il. De la douzaine de romans qu'il a publiés en un quart de siècle et tous ceux qu'il rêve de faire éditer - "si j'arrive à écrire tous mes livres" - il cherche à constituer une oeuvre de marqueterie. "En se reculant, j'aimerais que l'on voit la figure de mon père".

Une obsession avec laquelle il joue. "J'ai un problème avec les pères", blague-t-il, alors que ses personnages oscillent entre insultes et besoin de reconnaissance. Le sien était, confie-t-il, "un type très bien, mais je m'en suis rendu compte trop tard". Tous mes livres parlent du manque, du deuil, du trop tard".

L'écriture et là pour tenter de réparer cette fêlure. "J'ai peur du vide. Avant d'avoir fini un roman, j'en ai déjà un autre en chantier. Ca m'oblige à finir celui en cours". Car il n'en doute pas : "Le prochain va être génial". 

Marielle Martinez, Le Courrier Picard, 17 octobre 2004

 

L'oiseau, collection écrivins, Stock, 2004
Francis Bacon, le ring de la douleur, Le Dilettante, 2004
Dix-neuf secondes, Mercure de France, 2003
Rameau le fou d'après Le neveu de Rameau, Séguier, 2001
Comédien, Mercure de France, 2000
La crise de foi(e), Arléa, 1999
Juste avant la nuit, Mercure de France, 1998
Monsieur Henri, Mercure de France, 1994
Marthe jusqu'au soir,Mercure de France, 1993
Mémoires d'un ange, Mercure de France, 1990
On était heureux, les dimanches, Mercure de France, 1987
Chez Louise, Mercure de France, 1984
La toilette, Futuropolis, 1983
Le Sang de la Commune, Futuropolis, 1982


 

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