Découvrez ou redécouvrez Yôko Ogawa...

Yôko Ogawa est née en 1962. Jeune romancière, une des plus talentueuses de sa génération, elle s'inscrit dans une tradition psychologique de romans intimistes.

A partir d'histoires banales, un ton neutre, presque monocorde, avec un art du détail qui laisse pantois, Yôko Ogawa déconcerte, car à l'aide d'une technique narrative très maîtrisée, elle évite toute confrontation frontale avec le sujet principal de ses romans.

Sa grande force réside dans la mise en scène d'un univers fantastique, fantasmagorique décrivant un territoire inconnu : des personnages mystérieux, froid, déambulent dans un monde aux apparences du réel. En apparence seulement car au fur à mesure de la lecture se produit de légers décalages qui engendrent la naissance de tensions. Le lecteur basculant ainsi dans une atmosphères angoissante, proche du rêve.

En refusant tous les thèmes stantardisés, américanisés Yôko Ogawa est la digne héritière des grands auteurs japonais que sont Endô et Kawabata.

 

Bibliographie

 

Amours en marge

Une jeune femme se réveille un matin dans un étrange silence. En l'espace d'une nuit, elle a perdu l'usage de ses oreilles, s'est égarée dans l'immensité d'un bruit blanc, d'une sonorité jusqu'alors imperceptible : le bruissement de ses souvenirs. A la clinique, elle est soignée, surveillée, observée mais sa maladie évolue : elle perçoit maintenant le moindre chuchotement comme un hurlement, le moindre choc comme un cataclysme.
Pour une magazine de santé, une jeune femme va devoir décrire ses symptômes en présence d'un sténographe, essayer de trouver les mots justes pour exprimer ce qu'elle ressent. Les doigts de cet homme glissent sur le papier, avec une incroyable virtuosité ils transcrivent son récit. Fascinée, elle cherche à le revoir, elle pressent le pouvoir de ce garçon, sa capacité à révéler les traces enfouies dans le passé, à libérer la voix de sa mémoire...

Hôtel Iris

Mari et sa mère sont propriétaires de l’hôtel Iris. Modeste mais bien tenu, l’établissement est le plus souvent complet. Comme chaque soir, la jeune Mari tient la réception, l’hôtel s’endort paisiblement quand le calme des lieux est soudain troublé par des cris. Une femme sort de sa chambre en insultant l’homme qui l’accompagne. Mari est impressionnée par la scène, inconsciemment touchée par l’élégance et la distinction de ce vieillard accusé publiquement des pires déviances. Mais ce n’est que quelques jours plus tard qu’elle fera sa connaissance. Croisé dans un magasin, cet homme intrigue la petite. Curiosité ou attirance, elle va le suivre. Innocente ou très consciente de son effroyable beauté, la jeune ingénue entre dans l’arène du désir.

Les familiers de l’œuvre de Yôko Ogawa, virtuose du malaise, entrent cette fois dans une histoire d’amour sans limites, bien au-delà de l’atmosphère allusive qui imprégnait les livres précédents. Car entre la jeune réceptionniste et le vieux traducteur solitaire, le corps à corps n’est pas un jeu de dupes.

Amours en marge, premier roman 'long" de Yôko Ogawa, est paru au Japon en 1991. Depuis, la romancière japonaise s'est aventurée de plus en plus loin dans la "forêt des mots" pour explorer les territoires de la mémoire, et tenter d'appréhender l'indicible.

 

L'Annulaire

Dans un ancien foyer de jeunes filles transformé en laboratoire, M. Deshimaru, taxidermiste du souvenir, prépare et surveille des “spécimens”, tandis que la narratrice de ce récit, assistante et réceptionniste, accueille les clients venus confier au mystérieux spécialiste d’insolites bribes de leur histoire : des ossements d’oiseau, quelques champignons microscopiques, une mélodie, une cicatrice…

Amputée d’une infime partie d’elle-même depuis un accident du travail, la jeune assistante tombe peu à peu sous le charme du maître de ce lieu de mémoire malsain et fascinant.

La petite pièce hexagonale

Dans les vestiaires d’une piscine, une jeune femme est soudain attirée par une inconnue. Banale, sans aucun intérêt, cette silhouette effacée et silencieuse vient d’entrer dans sa vie. Quelques jours plus tard elle la retrouve accompagnée d’une vieille dame, marchant dans la rue et, de nouveau, la jeune femme est fascinée. D’abord discrètement puis beaucoup plus naturellement elle les suit, longtemps. Dans une loge de gardien, les deux femmes sont assises sur des chaises, elles semblent attendre leur tour. La plus vieille se lève, entre dans une grande armoire hexagonale : la petite pièce à raconter.

Ce court récit fut écrit en 1994 tout comme L’Annulaire avec lequel il entre curieusement en résonance. Atmosphère déroutante, étrange et obsédante : cette histoire est placée sous le signe de l’introspection et de la psychanalyse. Mais la grande armoire est éphémère et seule sa trace persiste sur le sol comme dans la mémoire de ceux qui un jour y sont entrés.

 

La grossesse

Depuis le début de la grossesse de sa sœur, la narratrice consigne dans un journal les moindres transformations physiques de la future mère. Et quand celle-ci, passé la période des nausées, retrouve un appétit vorace, elle s’empresse de lui préparer des marmelades de pamplemousses, dont elle la régale et la gave à plaisir. Peu à peu la peau — peut-être toxique — et la chair des fruits viennent se mêler, dans son esprit, à l’effervescence mystérieuse de la "matière" en gestation...

Avec un rare talent, Yôko Ogawa pousse jusqu’à l’obsession ce désir nourricier irrépressible dont le lecteur, jusqu’à la fin, ne peut que pressentir les conséquences. Par quelques allusions, elle maintient ce récit entre ironie et cruauté, au bord d’un abîme où la vie menace d’engendrer la mort.

La piscine

Il en est de la narratrice, ici, comme de quelqu’un à qui jour après jour on volerait son enfance : ses parents dirigent un orphelinat, et il lui faut vivre la même vie collective et morne que ses camarades de l’institution. Une grisaille éclairée toutefois par la présence de Jun, le bel adolescent qu’elle aime tant contempler, à la piscine. Et par celle de Rie, une petite fille, son souffre-douleur, qu’elle tourmente à plaisir.

Première traduction en France d’une jeune romancière japonaise, la Piscine explore avec une saisissante indiscrétion les pulsions les plus troubles. Yôko Ogawa trouve les mots justes pour dépeindre l’adolescence, univers d’une perversité innocente où frustration, désir, recherche de la pureté, cruauté ou satisfaction peuvent à chaque instant advenir, en deçà de toute morale, et infléchir un destin, pour le meilleur ou pour le pire…


Les abeilles

Pour rendre service à son cousin qui cherche une chambre, l’héroïne l’a introduit dans le foyer d’étudiants où elle-même séjourna jadis. Mais sitôt le jeune homme installé, un malaise inexplicable s’empare d’elle. Dans les semaines qui suivent, à chaque visite qu’elle tente, son cousin demeure introuvable. Et le directeur du foyer se montre toujours plus évasif, plus inquiétant, plus équivoque. Yôko Ogawa, par petites touches aussi subtiles qu’obsédantes, met en place un climat angoissant qui prend littéralement possession du lecteur. Ce bref roman, écrit d’une plume délicate, est en effet lourd des pires présomptions.

 

 

Le réfectoire un soir et une piscine sous la pluie

Quelques semaines avant son mariage, une jeune femme rencontre un enfant et son père, de nouveaux voisins, peut-être. Un soir, elle les retrouve assis devant une école ; ils semblent plongés dans la contemplation. Intriguée, elle s’approche et le vieil homme lui raconte pourquoi l’image d’un réfectoire le soir évoque pour lui le souvenir d’une piscine sous la pluie. La mélancolie s’installe alors tel un lien dont elle ne pourra plus se défaire…

Une jeune femme apprend la mort d’un camarade. Elle le connaissait peu, l’avait d’ailleurs oublié, pourtant cet accident la trouble plus qu’elle ne l’aurait imaginé. La cérémonie est très brève. Mais dans cette ambiance étrange quelqu’un va bouleverser sa vie et faire basculer son quotidien vers l’absurde.

Tristes revanches

Une jeune femme entre dans une pâtisserie pour acheter un gâteau d’anniversaire à son fils mais il est mort depuis longtemps. Dans l’arrière-boutique, une vendeuse pleure en silence. Une romancière vit dans un appartement donnant sur un jardin potager qui regorge de légumes, de surprenants légumes… Un journaliste arrive dans un hôtel sur lequel il doit écrire un article. Dans sa chambre s’est installée une femme. Elle s’en va aussitôt mais ne quitte pas les abords de l’hôtel. Elle rôde en portant un curieux fardeau. Une maroquinière confectionne pour une chanteuse de bar un sac délicat et précieux dans lequel la belle va déposer son cœur : étrange excroissance, difformité fragile posée non pas à l’intérieur mais à l’extérieur de sa cage thoracique…

Dans chacune de ces onze nouvelles, un détail, parfois infime, évoque la précédente ou annonce la suivante pour former un ruban, une spirale, une chaîne soutenant la trame du livre et créant ainsi une subtile mise en abyme.

A travers ces deux récits, Yôko Ogawa décrit avec subtilité la puissance de l’inconscient. Cette vague infime, qui lentement déferle et nous submerge au hasard d’une rencontre. Dans un univers envoûtant se croisent des étrangers dont les nostalgies se répondent en révélant d’intimes et douloureuses blessures. A moins qu’il ne s’agisse de rêves jusqu’alors enfouis, très loin entre mémoire et imaginaire.

 

Parfum de glace

A la mort de son compagnon, Ryoko réalise qu’elle ne savait rien de lui. Le jeune homme s’est suicidé dans son laboratoire de parfumeur, où il créait des fragrances exceptionnelles en combinant son incomparable mémoire olfactive à ses capacités scientifiques. Sur les lieux du drame, Ryoko trouve une disquette contenant quelques phrases énigmatiques. Incapable de faire le deuil de cet homme étrange, elle part à la rencontre de son passé.

Entre réel et imaginaire, symbolique et inconscient, Yôko Ogawa atteint ici le cœur des êtres, la source de leur mémoire, pour exprimer l’indicible douleur de vivre.

 

Une parfaite chambre de malade suivi de La Désagrégation du papillon

Une jeune femme vient de confier sa grand-mère à une institution médicalisée. Dépendante, silencieuse et immobile, la vieille dame semble peu à peu s'effacer de toute réalité. Dans la mémoire et l'inconscient de sa petite-fille, la solitude est immense...

Une jeune fille apprend que son frère, malade, doit passer les derniers mois de sa vie à l'hôpital. Jour après jour elle lui rend visite et leur intimité s'accroît, au rythme des saisons, dans la quiétude de la chambre blanche.

Dans ces deux nouvelles, Yôko Ogawa n'évoque pas simplement la douleur de la mort ou la violence de la maladie, elle explore un sas très particulier, ce passage de la vie à l'absence qui induit un remarquable accomplissement des sentiments avant leur inscription dans la mémoire.

 

La Formule préférée du professeur

Une aide-ménagère est embauchée chez un ancien mathématicien, un homme d'une soixantaine d'années dont la carrière a été brutalement interrompue par un accident de voiture, catastrophe qui a réduit l'autonomie de sa mémoire à quatre-vingts minutes.
Chaque matin en arrivant chez lui, la jeune femme doit de nouveau se présenter — le professeur oublie son existence d'un jour à l'autre - mais c'est avec beaucoup de patience, de gentillesse et d'attention qu'elle gagne sa confiance et, à sa demande, lui présente son fils âgé de dix ans. Commence alors entre eux une magnifique relation. Le petit garçon et sa mère vont non seulement partager avec le vieil amnésique sa passion pour le base-bail, mais aussi et surtout appréhender la magie des chiffres, comprendre le véritable enjeu des mathématiques et découvrir la formule préférée du professeur...

Un subtil roman sur l'héritage et la filiation, une histoire à travers laquelle trois générations se retrouvent sous le signe d'une mémoire égarée, fugitive, à jamais offerte...

 

 

Les ouvrages de Yôko Ogawa sont publiés par les éditions Actes Sud

Résumés : site internet des éditions Actes Sud, cliquez sur les signes...

Le musée du silence

 

 

 

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